La réouverture de la "VU" permettra de maintenir en place le personnel cheminots de Rognac
Dans le local syndical de la gare de Rognac, la porte toute bariolée d’affiches CGT ouvre sur le quai de la voie Miramas-Marseille. Les trains qui passent, si proches, interrompent la discussion passionnée. À l’ordre du jour, la réouverture au trafic passager de la ligne Rognac-Aix, bien sûr, dont les cheminots rognacais assurent être à l’initiative.
"C’était dans les années quatre-vingt, mon prédécesseur, Robert Deixonne, a constitué un premier dossier qui était destiné à la direction de la SNCF, explique Cédric Gimenez, secrétaire général des cheminots CGT de Rognac. Ensuite, il a organisé des "Assises du Rail" au cours desquelles il a fait médiatisé ce projet. Enfin, il l’a présenté à Jean-Jacques Anglade, le maire de Vitrolles, qui s’est dit pas intéressé. Mais aux municipales suivantes, on a eu la surprise de voir que notre projet faisait la une de son journal de campagne électorale!" Pour Cédric Gimenez et ses collègues, la ligne Rognac-Aix c’est la "VU": "la voie unique. Elle a été utilisée pendant les travaux de rénovation de la ligne Aix-Marseille à raison de quatre allers-retours par jour, deux le matin, deux le soir."
C’est à cette occasion qu’ils ont repéré ses avantages et ses inconvénients. "Avantages: elle est en très bon état, puisqu’elle est utilisée tous les jours pour le fret par la société Euro Cargo Rail, les gares et les haltes existent, les ouvrages d’arts sont tous en bon état. Les inconvénients: elle n’est pas électrifiée, et elle est justement voie unique, ce qui limite les possibilités d’exploitation car il ne pourrait jamais y avoir plus d’un convoi sur la ligne".
Le seul vrai point noir de la ligne serait en fait l’embranchement de Rognac: "C’est-à-dire les manoeuvres pour faire qu’un train quitte la ligne Marseille-Miramas située à l’Ouest des voies (NDLR : on "roule à gauche" dans les chemins de fer) pour emprunter la ligne d’Aix qui est bien évidemment située à l’Est. Pour l’instant, il faut faire stationner le convoi sur la gare, actionner un aiguillage mécanique, faire reculer le convoi avant qu’il puisse repartir sur la ligne VU".
Les cheminots CGT voient loin. "On ne se contentera pas d’une réouverture de la voie unique. On veut une ligne Marseille-Pas-des-Lanciers-Vitrolles- Rognac-Aix. Avec possibilité à Rognac de récupérer une voie venant de Martigues via Istres et Miramas. Car tout le monde est demandeur de train, de TER, notamment les étudiants et les scolaires qui doivent se rendre à Aix. Tout le monde en crève des excès de circulation automobile, des embouteillages et de la pollution", tranche Patrick Le Cocq, trésorier du syndicat. Cette ambition est depuis de nombreuses années défendue au comité de ligne Marseille-Miramas par Michel Terral et Monique Peyrottes, de l’association des Amis des cheminots.
"Il n’y a pas la SNCF dans le projet"
Leurs arguments : "La défense de l’environnement, la défense du service public du chemin de fer et la défense de l’emploi. La réouverture de la VU nous permettra de maintenir en place le personnel de Rognac. Nous ne voulons pas d’une gare morte comme c’est le cas à Berre ou Vitrolles où il n’y a ni agent SNCF ni même d’agent de sécurité. Quand un convoi passe, il a son propre agent embarqué, qui règle l’arrêt et le redémarrage du convoi, mais après? Après les gens sont tous seuls dans la gare, ils font ce qu’ils veulent"…
Parce qu’ils font partie de l’Agglopole Provence et non de la Communauté du pays d’Aix, les cheminots CGT de Rognac ne participent pas aux réunions du Conseil de développement du pays d’Aix qui, avec Réseau Ferré de France, propriétaire des lignes, et la Région, autorité organisatrice des transports, a inscrit la réouverture de Rognac-Aix dans les projets ferroviaires du pays d’Aix (La Provence du 27 avril dernier).
C’est peut-être pour cette raison que les hommes du rail se disent sceptiques. "D’abord, parce qu’il n’y a pas la SNCF dans le projet. Ensuite, il n’y a pas de vrai accord sur le financement. Enfin, l’échéance c’est 2040, c’est beaucoup trop tard par rapport aux pollutions dont nous souffrons"….
Colette AUGER
laprovence.com